Tout au long des mois de janvier et février, la BeauHaus propose une carte blanche à deux producteurs de petites éditions innovantes : Mo Xia (écriture, illustration & impression) et Junko Hayashi (reliure & objets papier). Deux demoiselles qui exposent très peu et touchent la littérature sans avoir l’air d’y tremper les doigts. Outre leurs éditions personnelles, elles présenteront pourtant une collaboration inédite. Mais logiquement, elles se sont accordées sur un travail destiné à se dégrader…

Mo Xia

Mo Xia.
Née à Shanghaï (CHN) en 1969.
Travaille à Bruxelles.
Colle, sérigraphie, peint, relie.
Tirage : 1-187 ex.
Distribution : réseau personnel et boutiques avec commission modérée : Le Monte-en-l’air & Philippe le libraire (Paris), Marie-Eve (Marseille), Crea-Noy (Crest), Tent & Worm (Rotterdam), Excellence (qui a tristement disparu, à Bruxelles).
Lire l’interview (septembre 2011).

« Je suis née à Shanghaï. Petite, mon oncle Arthur Cravan, poète-boxeur, m’a beaucoup marqué. Plus tard en France, le temps d’une décennie, j’ai squatté dans un atelier à Grenoble devant une déchetterie. Petit à petit, la déchetterie s’accumulait dans mon atelier : les papiers jaunis, les lettres d’amour des autres, les journaux intimes de je ne sais qui. Tes 43 raids sur mon Afghanistan (2002) m’ont fait quitté Grenoble. J’ai souvent écrit, sur la route, au Cambodge, où Mes nuits noires chez les Khmers (2006) m’ont salement amochée. J’ai refermé le tiroir, rangé les vieux papiers, j’ai mis mes mots dans des carnets, les livres dans La Petite Clavicule et en moins de deux, j’étais à Bruxelles, usinant des agendas, et volant des souvenirs. »

Mo expose très peu. Par contre, elle parle beaucoup et son atelier de curiosités fait salle comble.

Junko Hayashi

Junko Hayashi.
Née à Chiba (JAP).
Travaille à Bruxelles.
Conception, reliure et édition papier.
Tirage « variable ».
Distribution « à l’occasion ».

Junko a hésité avant d’accepter d’exposer à la BeauHaus. Maintenant qu’elle nous a envoyé cet explicatif, nous comprenons mieux pourquoi :

« Souvent, comme je ne sais pas comment expliquer mon travail, je dis que je fais des livres d’artistes. Et ça fait intellectuel et cool. Puis je me sens gênée d’avoir parlé d’une façon intellectuelle et cool.
Dire que je fais de la poésie en me servant du livre comme médium se rapproche peut-être davantage de la réalité. Et cela fait sentir qu’un certain raisonnement sous-tend ma démarche. Mon travail est personnel et candide. Je ne me considère pas comme une artiste. »

La collaboration : ‘Prière de toucher’

Un livre est fait pour être ouvert, feuilleté, regardé, lu et touché. Sinon, il ne diffère en rien d’un bloc de papier pour photocopies. C’est ainsi que Mo et Junko se sont accordées sur ce détail. Elles ont fabriqué un livre qui a pour finalité d’être… touché.

Bien sûr, plus de gens le touchent, plus il risque de s’abîmer. Mais cela aussi, c’est le destin d’un livre.

Nous pensons que le livre est plus heureux de garder des traces du passage du public que de rester immobile, sans être ouvert ou regardé. Et qu’une chose matérielle préserve sa forme originelle est impossible.

Samedi 21.01, 20h30 : SuperSifon live !

Pour le vernissage de l’exposition, SuperSifonSTUDIO propose une installation-concert. Ou comment bidouiller de vieux sons sur des supports usés (78 tours), les diffuser dans les airs, les détourner, les transformer, puis les récupèrer par un dispositif radio. Scrrrtch scrrrtch !

Infos pratiques

  • BeauHaus | 5 boulevard Barthélémy, 1000 Bruxelles
  • Dernier jour pour voir l’exposition : ce dimanche 19.02 entre 14 et 18h, avec à 16h, un concert de Lijm de Boden (électronique, voix, projection) !
  • Cette exposition est soutenue par la Région Bruxelles-Capitale.